2026 年 128 巻 p. 183-198
Une théorie ontologique du jeu chez Sartre
Mauvaise foi et insincérité
Naifeng ZHANG
Bien que Jean-Paul Sartre n’ait jamais publié un ouvrage théorique sur le théâtre, le jeu théâtral occupe une place importante dans ses œuvres philosophiques et biographiques. Cet article a pour but d’examiner la théorie du jeu ébauchée dans ses plusieurs livres. Dans Esquisse d’une théorie des émotions (1939), Sartre évoque les « fausses émotions » que l’on exprime sans vraiment les sentir, en les comparant avec les « émotions jouées par les acteurs » qui s’en distinguent nettement. Cependant Sartre approfondit véritablement ce thème dans son œuvre philosophique, L’Être et le néant (1943) où le jeu est considéré comme un élément constitutif de « la mauvaise foi », associée à la réalité humaine. Plus tard, l’intérêt de Sartre pour le jeu évolue de celui en tant qu’aspect existentiel universel du monde quotidien vers celui de l’auteur/acteur individuel. Ainsi, dans L’Idiot de la famille (1971, 1972) consacré à Flaubert, Sartre analyse en profondeur le jeu insincère du jeune Gustave en tant qu’acteur. On peut noter dans le geste de Gustave certaines similitudes avec la « mauvaise foi » décrite dans L’Être et le néant, sauf que dans L’Idiot, le jeu insincère est considéré comme une « montre », qui est un acte défensif de Flaubert : c’est ce qui traduit une souffrance liée à une perte de soi. En outre, on peut constater que le jeu en tant qu’une montre est lié à l’acte émotionnel décrit dans Esquisse d’une théorie des émotions. Ainsi, nous montrons que le jeu insincère se distingue de « la mauvaise foi » telle que présentée dans L’Être et le néant, tout en mettant en lumière la signification de la « montre » de Flaubert en relation avec Esquisse d’une théorie des émotions.