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Philosophy (Tetsugaku)
Vol. 2011 (2011) No. 62 P 173-188_L10

Language:

http://doi.org/10.11439/philosophy.2011.173


Lorsqu'il critique l'ignorance dans le De gli eroici furori (1585), Giordano Bruno (1548-1600) cite paradoxalement une phrase de l'Ecclésiaste (1.18) : «qui augmente sa science augmente sa douleur». Pour quelle raison cite-t-il cette phrase afin de critiquer l'ignorance, et non la science? À partir de cette question, je tenterai ici de clarifier la relation entre ignorance et science chez Bruno.
En fait, sa critique de l'ignorance est ambiguë, comme on peut le voir notamment dans le Cabala del cavallo pegaseo (1585), où Bruno examine le scepticisme. D'une part, il critique l'ignorance qui est liée à l'oisiveté. D'autre part, il l'accepte dans la mesure où on ne peut jamais acquérir la science et l'on doit rester ignorant car, selon lui, l'objet de la science, c'est-à-dire la nature, est infini et incompréhensible. C'est pourquoi celui qui poursuit la science sans limites éprouve la douleur due à la conscience de n'obtenir que des résultats incomplets.
Mais Bruno ne pense point que soit vaine la poursuite infinie dont est issue la douleur de ne pas acquérir la science. Au contraire, cette douleur témoigne de la puissance infinie de l'homme qui peut poursuivre infiniment la nature infinie. C'est la raison pour laquelle Bruno critique l'ignorance, si elle est liée à l'oisiveté qui fait abandonner la poursuite infinie de la science. Sous-jacente à cette critique de l'ignorance-oisiveté, il y a donc la conception brunienne de la puissance infinie qui n'est pas privation mais perfection positive de l'homme.

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