Le sens affectif, traditionnellement opposé au sens intellectuel, et souvent assimilé à la connotation, se situe du côté de la parole plutôt que de la langue puisque le sens affectif peut ou non s’ajouter au sens intellectuel au gré du locuteur dans toute communication. Ainsi, l’adjectif qualificatif mauvais peut éventuellement exprimer le dégoût du locuteur, à l’aide de moyens paralinguistiques (intonation, mimique, geste...). Par ailleurs, il existe des unités lexicales — notamment des interjections telles que hélas, ouf... — qui sont associées conventionnellement à des émotions. Cette association fait donc partie de la langue. À partir de là, il est intéressant d’observer des adjectifs dits « de Qualité » ou « affectifs », par exemple foutu, satané, sale, pauvre... qui, tout en étant des adjectifs, expriment l’implication affective du locuteur. La question est alors de savoir si leur sens affectif est une connotation ajoutée aux mots au moment de la parole comme dans le cas de l’adjectif qualificatif ou s’il relève de la langue comme l’interjection. Cet article, qui porte sur l’adjectif foutu apportera deux arguments en faveur de la dernière hypothèse : 1) l’adjectif foutu attribue difficilement une propriété au nom qu’il précède ; 2) il est indissociablement lié à son sens affectif. En outre, nous soulignerons les ressemblances sémantico-pragmatiques existant entre l’adjectif qui nous occupe et les interjections.
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