Dans cet article, nous nous proposons d’aborder quelques pistes permettant d’éclairer la portée phénoménologique de l’acosmisme chez Michel Henry, telle qu’elle se déploie jusque dans son dernier ouvrage,
Paroles du Christ. La question du monde y apparaît en effet particulièrement délicate, en raison de l’ambivalence qu’elle revêt dans la pensée henrienne ; selon la duplicité de l’apparaître, le monde se trouve, d’un côté, relégué au rang de l’irréalité, tandis que, de l’autre, il se laisse entrevoir comme porteur d’une certaine signification phénoménologique, en tant que monde de la vie. Repenser la signification ultime du monde à l’horizon de la pensée tardive de Henry constitue ainsi une tâche nécessaire. Nous montrons d’abord comment la duplicité de l’apparaître fonde une réalité acosmique où seule la vie constitue le domaine originaire de la vérité. Nous examinons ensuite la résonance de cette opposition dans la théologie chrétienne, où le Christ, identifié au Verbe et à la Vie absolue, révèle une existence irréductible au monde. Nous en venons alors à repenser l’homme comme
ipse homo invisible, engendré dans l’Ipséité originelle de la chair, ce qui permet d’élucider le sens de l’Incarnation comme auto-révélation immanente de la vie plutôt que comme extériorisation dans le monde. Nous abordons enfin la question du salut, entendu chez Henry non comme un accomplissement conscient, mais comme un retour de l’existence humaine vers son fondement immanent. Nous concluons ainsi que l’acosmisme henrien n’implique pas un rejet du monde, mais appelle à repenser sa signification à partir de l’immanence affective irréductible qui lie la vie et l’existence humaine incarnée.
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