En se basant sur l’approche constructiviste de « cadrages », cet article propose d’analyser les récits médiatiques sur Khaled Kelkal, auteur présumé d’attentats terroristes dont celui du RER Saint-Michel, en 1995. Une comparaison de deux périodes, celle de l’année 1995 et l’autre de 2015, fait ressortir un changement de cadrages contrasté. De jeune « Algérien de banlieues manipulé », Kelkal se transforme en « premier djihadiste made in France », ce qui lui fait assumer deux nouveaux rôles : Kelkal représente un prototype de « djihadistes », banlieusard et anciens délinquant, « grand frère » de la génération suivante, à savoir les Merah, Kouachi, Coulibaly... D’un autre côté, avec son réseau « islamiste étranger », il incarne l’embryon d’un terrorisme global contre l’Occident. Si, en 1995, les attentats impliquant Kelkal apparaissaient comme un mal « importé d’Algérie » par des Algériens, vingt ans après, la figure de Kelkal contribue plutôt à effacer les frontières, entre le risque extérieur (le terrorisme global) et l’ennemi de l’intérieur, renforçant ainsi la représentation de la catégorie de « djihadistes » d’aujourd’hui, racialisée et fixée par avance dans son origine sociale.
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