Abstract
L'affectivité et le sentiment sont des facteurs très importants pour le traité sur l'autre, surtout pour M. Sheler et M. Henry qui critiquent la constitution de l'autre par l'intentionnalité. Mais, considérant l'affectivité comme base de la communauté, ils rencontrent de graves difficultés : leurs arguments peuvent provoquer une perte de l'altérité puisqu'ils tiennent pour état suprême la concordance entre le moi et l'autre dans l'amour ou la sympathie.
Etant donné que Rousseau accorde de l'importance à la pitié, il ne peut pas éviter ces difficultés. En effet, Rousseau recherche la concordance affective, c'est-à-dire la «transparence». D'autre part, au fur et à mesure de la déchéance de la pitié, la satisfaction du moi dans le sentiment de l'être pèse lourd chez Rousseau. Ce passage vient de l'échec des relations transparentes. Mais cet échec, au contraire, pourrait suggérer l'altérité chez Rousseau puisqu'il montre une discordance entre le moi et l'autre.
Cet article a pour objet d'étudier l'altérité et la possibilité de l'hétéro-affection chez Rousseau. D'abord, nous allons voir en quoi consistent les relations idéales avec les autres chez Rousseau puis nous allons les placer dans le contexte des traités contemporains sur l'autre en consultant P. Audi et J. Derrida. Et enfin, nous allons examiner l'altérité et la possibilité de l'hétéro-affection dans Rousseau juge de Jean-Jacques, livre dans lequel nous trouvons les relations idéales en question et leurs échecs.