2026 Volume 129 Pages 87-102
Il faut assumer « le présent perpétuel »
René Char et Georges Braque
Kosaku SHIRAISHI
Toute sa vie, René Char a gardé la passion de la peinture. Dans les années 1930, il pensait que la peinture de Picasso était très puissante et que ce dernier pouvait susciter « une contre-terreur » utilisable pour résister au Nazisme, que le poète appelle « une antivie artistique ». Mais en même temps, on peut trouver de la violence dans l’œuvre de Picasso, considéré par Char comme « meurtrier admirable ». Et dans le poème en prose intitulé « Le Masque funèbre », qui critique Picasso à la fin des années 1940, « un homme » a finalement subi la déroute à cause de son avidité.
Au contraire de Picasso, Georges Braque est « le peintre discret » selon Jean Paulhan. Char lui consacre aussi, avec un grand respect, quelques textes entre 1947 et 1963. Braque ne cesse de tenter de toucher des choses usuelles et communes pour « fonder un amour nouveau ». Grâce au peintre qui est « un bloc de possibilités », elles arrivent à s’animer sur ses toiles. En cherchant la vérité, Braque pense qu’il faut protéger « l’inconnu ». Char dit que « Braque assume le perpétuel » afin que les spectateurs reçoivent « ses espoirs » et partagent « son cœur ».
À la fin de cet article, nous essayons de lire le recueil des aphorismes poétiques intitulé La bibliothèque est en feu qui est dédié à Braque et publié en 1956 avec une de ses eaux-fortes. Nous avons pour objectif de montrer que la poésie de Char est profondément reliée à l’art de Braque.