2026 年 41 巻 p. 117-132
Le but de cet article est de mettre en lumière la richesse et l'ambiguïté de la notion du monstre chez Rousseau en le situant dans le courant de la pensée. Pour ce faire, nous aborderons d'abord son attitude face au problème de l'optimisme pour dégager l'originalité de sa pensée qui, inculpant ni Dieu ni homme comme source du mal, cherche l'origine de celui-ci dans la société civile, ayant tendance à utiliser l'artifice pour créer des monstres. Après avoir examiné quelques articles autour du monstre dans les dictionnaires de l'époque, nous jetterons notre regard sur la situation scientifique et philosophique de la notion au XVIIIe siècle. Puis, nous traiterons le problème du monstre rousseauiste en nous focalisant sur son côté physique : nous jetterons respectivement nos yeux sur ses Lettres sur la botanique(fleurs doubles), Les Confessions(prostituée), Pygmalion(statue de Galathée)et Julie ou La Nouvelle Héloïse(castrato). Enfin, nous examinerons les personnages principaux de La Nouvelle Héloïse en nous focalisant sur le côté moral du monstre : en remarquant que chaque personnage a un certain côté monstrueux, nous soulignerons que chez Rousseau, la monstruosité se forme par l'écart entre l'ordre naturel et l'ordre social. Nous conclurons que dans le roman épistolaire, c'est la violence des normes et des préjugés aristocratiques qui défigure en monstre les âmes naturellement bonnes, et les personnages se battent contre leur monstruosité en l'apprivoisant.