2024 年 30 巻 p. 3-14
Cet article aborde la rhétorique de Montaigne d’un point de vue synchronique, principalement en référence à la pensée rhétorique du dernier quart du seizième siècle. Il convient d’abord de préciser les caractéristiques de la rhétorique pratiquée par les magistrats du Parlement. Ceux-ci aiment émailler leurs discours de citations des auteurs antiques, afin de garantir l’authenticité de leur parole. Les échos de cette « rhétorique des citations » sont attestés dans le texte de Montaigne. Cependant, l’auteur des Essais se défie d’une rhétorique axée sur l’émotion et se met en quête d’autres méthodes de discussion. Il conçoit à cette fin un « art de conférer », nouvelle forme de disputatio, qui met l’accent sur l’exclusion du pathos et la formation du jugement. Soucieux, comme Socrate, de cultiver les qualités naturelles qui y contribuent, Montaigne s’attache aussi à les transmettre à ses lecteurs. Pour cela, il faut une technique de persuasion, une rhétorique de l’ethos. Mais les citations qui émaillent le texte ne nuisent-elles pas à l’expression de sa propre nature ? En acceptant la discordance, Montaigne fait de la mosaïque des textes sa « seconde nature », et donne toute sa vérité à son discours.