Cet article propose une typologie de l’« ennui » dans les Pensées(1670)à partir des dictionnaires du XVIIᵉ siècle et des acquis de la recherche. Cette typologie est liée à une comparaison entre les formes qu’il prend chez l’homme et chez Jésus.
L’examen sémantique met en évidence deux acceptions majeures : souffrance et lassitude. Or l’analyse des fragments des Pensées fait apparaître une troisième forme : à l’ennui-souffrance et à l’ennui-lassitude auxquels l’homme est sujet, s’ajoute l’ennui-agonie de Jésus. L’ennui-souffrance se ramifie entre le cycle du divertissement, où il peut s’accompagner du désespoir, qui est un péché, au sens chrétien, et la voie de la conversion (même s’il n’y conduit pas directement). L’ennui-lassitude fait éprouver le temps comme trop long ; la « faim » spirituelle apparaît alors comme la condition nécessaire pour sortir de l’ennui. Quant à l’ennui-agonie, il se manifeste au cours de la dernière nuit de Jésus à Gethsémani, la veille de la Passion : il exprime la crainte de la mort, et trouve son issue dans la prière par laquelle Jésus se soumet à la volonté de Dieu, pour éviter de sombrer dans le désespoir.