2026 年 128 巻 p. 215-230
Violence sexuelle et homosexualité arabe dans Le Bastion des larmes d’Abdellah Taïa
Takanobu ADACHI
Abdellah Taïa, écrivain marocain ouvertement gay, explore dans son œuvre les souffrances liées à l’homosexualité. Cet article offre une lecture multifacette de son dernier roman, Le Bastion des larmes, sans recourir à une interprétation purement autobiographique. Youssef, protagoniste idéalisé du récit, cherche à surmonter ses traumatismes et à sauver un jeune garçon. Son nom d’origine coranique et biblique, dérivé de Joseph (fils de Jacob), souligne le rôle du rêve dans la réconciliation avec son ancien protecteur Najib et ses sœurs. L’analyse révèle pourtant les ambiguïtés de cette vision optimiste, puisque la référence à Joseph évoque également la difficulté à pardonner les hommes plus âgés qui détiennent le pouvoir. La tentative de sauvetage dans le hammam échoue, et Ali n’oubliera pas l’abus sexuel qu’il a subi. De plus, Youssef ne reconnaît pas d’anciennes connaissances, dont Chouaib (homonyme d’un personnage agresseur dans Une mélancolie arabe), ce qui suggère une possible négation de son passé et la persistance de la violence. Cette étude propose néanmoins une lecture supplémentaire : le hammam peut incarner un espace utopique où les hommes, affranchis des normes hétérosexuelles, ont la possibilité de vivre une homosexualité égalitaire et de connaître un plaisir passager sans violence. Le hammam est ainsi imprégné d’une poésie semblable à celle des toilettes publiques déjà dépeintes par l’auteur.