2026 年 128 巻 p. 199-214
L’Inconsolable
La compassion et le corps dans Pas moi de Samuel Beckett
Sayaka SHIMIZU
Dans Pas moi (1972) de Samuel Beckett, l’histoire douloureuse d’une femme échappe à une compréhension compassionnelle. La vie d’« ELLE », racontée par « BOUCHE » — malgré son caractère fragmentaire — pourrait, à un rythme ordinaire, susciter la pitié de l’auditeur. Mais sur scène, la vitesse extrême de l’énonciation la rend presque inaudible, empêchant le spectateur d’en saisir l’ensemble. De plus, le dispositif scénique, qui éclaire uniquement la bouche et non le visage entier, confère à cet organe isolé l’aspect d’un mécanisme quasi autonome. Cette configuration entrave fortement la perception de la narratrice comme figure cohérente susceptible d’éveiller la compassion.
Or, chez Beckett, des affects tels que la pitié et la compassion occupent une place essentielle : ses personnages, plongés dans la souffrance, semblent souvent chercher un double capable de leur offrir un semblant de réconfort. En examinant les liens que la pièce tisse entre corps et compassion, nous analysons d’abord la difficulté de dire sa propre douleur, puis le désir de compassion, et enfin les conditions d’échec et la possibilité même de consolation. Ce parcours vise à faire entendre, au cœur de Pas moi, la résonance singulière d’une voix radicalement inconsolable.