2026 年 129 巻 p. 103-118
Conscience du roman et mort
Passage et création dans « Passage Pommeraye » de Mandiargues
Toji MATSUBARA
« Passage Pommeraye », publié dans Le Musée noir (1946), raconte la métamorphose d’un protagoniste en homme-caïman après sa rencontre avec une femme énigmatique dans le passage nantais réel. Cette étude propose de lire cette nouvelle comme un métatexte de la théorie créatrice de Mandiargues, démontrant l’homologie entre structure narrative et processus créateur pour saisir le noyau de sa conception littéraire du roman et de la mort.
La première partie analyse le déplacement du protagoniste de la rue du Puits-d’Argent à la rue de la Fosse selon la structure tripartite de Van Gennep, le Passage fonctionnant comme un espace liminaire où la femme nommée Échidna guide le protagoniste du domaine érotique vers celui de la mort.
La deuxième partie examine l’« atmosphère aquatique » du Passage comme descente vers l’inconscient. Pour Mandiargues, la mer incarne la rêverie, le masque du plongeur constituant un « instrument de magie naturelle » vers les profondeurs inconscientes. L’auteur compare son cerveau à une « maison de rendez-vous » et la création à un oubli semblable à la mort : comme le protagoniste est « spectateur et acteur », l’écrivain est « objet et observateur », transférant les images intérieures par le double miroir. La métamorphose en homme-caïman symbolise dès lors l’accomplissement créateur où les images inconscientes se cristallisent dans le « deuxième miroir », le roman.
Ainsi, « Passage Pommeraye » incarne la relation indissociable entre « conscience du roman » et « conscience de la mort » chez Mandiargues.