Cet article a pour but d’éclairer la notion d’« illéité » de Levinas, qui apparait au chapitre 5 d’Autrement qu’être ou au-delà de l’essence, en la confrontant à la notion d’« idole » présentée au même chapitre. Levinas qualifie d’« idole » la cause première posée dans l’argument cosmologique aristotélicien qui remonte d’un effet jusqu’à sa cause. Dans ce contexte, la notion d’« illéité » représente ce qui évite à la fois de remonter à l’infini d’un effet jusqu’à sa cause, mais aussi une position de la cause première. Nous la présenterons comme appartenant au même mouvement de pensée que la quatrième antinomie kantienne de la Critique de la raison pure, antinomie entre la nécessité et la contingence.
Néanmoins, les notions d’« illéité » et d’« idole » impliquent une relation ambiguë. D’une part, Levinas associe, à l’arrêt du temps, l’arrêt de la remontée d’un effet jusqu’à sa cause, à savoir la position de l’idole. D’autre part, il montre que le temps, à l’arrêt, ne peut pas ne pas s’écouler, en débordant de sa propre pétrification. La synchronie, qui dissimule la diachronie, ne peut pas ne pas traduire cette dernière. Ainsi, l’idole, en se pétrifiant et en pétrifiant le temps, est décrite comme ce qui peut se référer à l’illéité.