Cet article se propose d’examiner les relations entre la théorie du paysage développée
par Roger de Piles et la peinture de paysage en France, du XVIIe siècle au début du
XVIIIe siècle. Au sein de l’Académie royale de peinture et de sculpture, fondée sous le
règne de Louis XIV, la peinture d’histoire — centrée sur la représentation de l’action
humaine — était considérée comme le genre le plus prestigieux, comme en témoignent
les écrits de Félibien. En revanche, la peinture de paysage, dépourvue de sujet humain,
était reléguée à un rang inférieur. Pourtant, malgré ce désintérêt institutionnel, Roger de
Piles s’est attaché à ce genre avec une attention particulière et l’a analysé en profondeur.
Dans cette étude, nous nous proposons d’analyser la théorie du paysage élaborée
par Roger de Piles, en mettant en lumière le processus par lequel ce genre a
progressivement acquis une reconnaissance esthétique autonome, indépendante de la
hiérarchie académique fondée sur la primauté de la peinture d’histoire.
Le premier chapitre montre que, tandis que Charles Le Brun et les autres
représentants de l’école du dessin concentraient leur attention sur la représentation de
l’action humaine, Roger de Piles s’intéressait non seulement à cette dernière, mais aussi
à la représentation des arbres.
Le deuxième chapitre s’attache à analyser le concept de l’ effet du « tout ensemble »
— c’est-à-dire la perception globale d’une œuvre — élaboré par Roger de Piles, en le
confrontant à l’importance accordée aux « lignes de contour » par l’école du dessin.
Les œuvres de Rubens, de Nicolas de Largillière et de Claude Lorrain sont également
examinées comme exemples de paysages incarnant cette notion, notamment à travers la
représentation du feuillage des arbres.
À travers ces considérations, nous analyserons le processus par lequel la peinture
d’histoire et la peinture de paysage, de même que les figures humaines et les éléments
naturels tels que les arbres, ont été progressivement placés sur un pied d’égalité.
Nous mettrons également en évidence le rôle central joué par la théorie de la peinture
paysagère élaborée par Roger de Piles dans cette évolution.
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